Paul Dureau_Politic Circus

Il me donne rendez-vous sur la place Anne-Marie Carrière. Comme un avant-goût de la soirée qu’on va passer ensemble. Il est chansonnier, comme Anne-Marie Carrière. Il tourne aux Théâtre des Deux ânes, comme elle et d’autres avant lui. Il ne triche pas. Sur scène et dans la vie, il livre le fruit de ses réflexions politiques mais pas que.

Brillante idée. Brillant tout court.

Paul Dureau_Politic Circus

Je l’attends attablée au Petit café de Montmartre. C’est là qu’il a grandit. Dans ce quartier. Entre les touristes et les théâtres. C’est là qu’il a arpenté la salle des Deux ânes avec son père (qui lui-même le faisait avec son père), a à peine 10 ans.
C’est là aussi qu’il a commencé à se produire.Je n’étais pas un bon élève. Je ne faisais que rarement mes devoirs mais j’adorais faire des imitations des politiques pour faire rire les copains. Un jour, après énième remarque, la prof m’a demandé de préparer un sketch et de le jouer le lendemain. J’ai imité Jacques Chirac devant la classe. Ce fut en quelque sorte, le début de ma carrière“, s’amuse-t-il. Il enchaîne ensuite les fêtes de fin d’année au lycée, puis de façon plus professionnelle dans le cabaret Chez ma cousine, puis Chez Michou et aujourd’hui, il joue plusieurs fois par semaine au Don Camilo dans le 6è arrondissement parisien. Il ne délaisse pas le quartier de Montmartre pour autant (bien qu’il ait posé ses valises hors de Paris), il y revient tous les dimanches et lundis soirs.paul_dureau_michou

Jusqu’au 7 mai, il jouera “Politic Circus” devant une salle comble.On termine le jour du deuxième tour des élections présidentielles. On a même avancé le spectacle pour que les retardataires puissent aller voter !“. Brillante idée. Brillant tout court. Paul Dureau travaille, travaille, travaille. Jusqu’au soir.

“‘C’est nul, il ne parle que de politique’, j’adore !”

Je me suis installée face à son affiche de promotion : “Va falloir refaire les affiches…”. “Ouais, ce n’était pas prévu dans le budget com'”, grimace-t-il. Pas grave, d’autres viendront agrémenter son spectacle. “Tous les jours, je lis les actualités entre 8 heures et 10 heures, et je note toutes les vannes qui me viennent. C’est spontané.” Alain Juppé a donc laissé place à Benoît Hamon, quand Nicolas Sarkozy passe son tour au profit de François Fillon. “Ils ne sont globalement pas à leur avantage sur les photos, hein ? Jean-Luc Mélenchon, il ramasse !”, “François Hollande, encore plus. Il est totalement ridiculisé”.

Il a raison. Il les ridicule tous ceux-là. Et c’est bien l’essence même de son spectacle. Sortir des petites phrases qui, sorties de leur contexte, font marrer. Ou sourire. “Tout le monde sort ravi. Ah et tiens, l’autre jour, un avis sur BilletReduc disait : ”C’est nul, il ne parle que de politique”. J’adore !”

Un théâtre moderne ?

politic_circusEt toi, pourquoi tu aimes le théâtre ?” Je réponds : “Au théâtre, les acteurs ne peuvent pas se louper, c’est du one-shot, contrairement au cinéma où ils peuvent refaire et refaire. Quand ils se trompent, les comédiens doivent faire preuve de réactivité, de créativité et reprendre le cours du spectacle. Ils sont les seuls à savoir que l’un d’eux a foiré.

C’est vrai, ça. Mais est-ce que la créativité rime avec modernité ? Se demande Paul. Il me raconte qu’il a fait un essai l’après-midi même pour une émission télé. “Votre spectacle est génial, c’est hyper drôle, mais vous n’êtes pas moderne. Arnaud Tmasère ne fait pas rire mais lui, il est moderne”. Mouais. On se regarde tous les deux. Est-ce son costume noir impeccable qui le rend has-been ? Je ne crois. Pour moi, Paul Dureau n’est pas Paul Dureau sans son trois-pièces. Et surtout, il n’est plus Paul Dureau sans sa gentillesse, son intérêt pour les autres et son amour de la scène et du public.

Mon premier papier rédigé sur le spectacle de Paul Dureau est à retrouver ici.

© Photo Julien Reynaud / APS Médias, PaulDureau.fr (site officiel)