Mon Paris culturel - Maryvonne Baune

Femme fortement engagée dans la vie, Maryvonne Beaune véhicule ses réflexions sur les planches dans son spectacle « Nous les humains ». Pendant plus d’une heure, elle questionne sur notre prise de conscience écologique, le bien-être des animaux et donc, en filigrane, l’avenir de la planète. Avec son humour décapant, elle nous alerte et nous sensibilise à la sur-consommation, à la place des femmes dans la société et s’inquiète que ces débats ne soient pas davantage portés sur la scène politique.

Mon Paris culturel - Maryvonne BeauneTes amis disent de toi que tu es « folle, mais folle – le compliment ». Comment te définis-tu, toi ?

Pour faire rire les copains, je suis capable de tout (ou presque !). C’est ce côté spontané et sans filtre qui m’a souvent valu ce qualificatif de « folle – le compliment » !
Ensuite, la question « qui suis-je ? » est au centre de mon spectacle et revient à plusieurs reprises. Qui suis-je en tant que femme, mère, être humain…? Quel est mon rôle ? Mais, qu’est-ce que je fous là ? Donc, je me définirais comme quelqu’un en perpétuelle évolution, à la recherche des réponses à ces questions existentielles !

TOUT EST LIÉ. La souffrance infligée aux animaux, à la terre, aux femmes, aux humains, tout ça participe du même principe : la domination, l’exploitation, le mépris, l’abus, la destruction.

Pourquoi il te semblait important de traiter du véganisme et du malaise qui tourne autour du fait de ne pas manger de viande (ou du moins d’en réduire considérablement sa consommation) ?

Mon Paris culturel - Maryvonne Baune

C’est un sujet de société, 100 000 000 000 (cent mille milliards !) d’animaux sont tués par AN dans le monde. 35 000 animaux abattus par SECONDE. Ce n’est pas un détail.
Longtemps, je me suis dit qu’il y avait d’autres sujets plus importants que les animaux. Les humains d’abord ! Et puis un jour ça m’est apparu comme une évidence : TOUT EST LIÉ. La souffrance infligée aux animaux, à la terre, aux femmes, aux humains, tout ça participe du même principe : la domination, l’exploitation, le mépris, l’abus, la destruction.

Après, c’est un sujet clivant, les gens s’imaginent qu’on veut les convaincre de quelque chose, et peuvent être sur la défensive. Je souhaite juste parler avec le cœur de la prise de conscience que j’ai eu un jour : une compassion pour ce qu’il y a dans notre assiette peut naître, la même compassion qu’on peut avoir pour l’humanité et la planète.

Tu es donc sensible à la protection de l’environnement et à l’avenir de la planète. Parlons actualité : dans la campagne électorale, on n’a pas du tout entendu parler d’écologie. Es-tu en colère par rapport à cette négligence, notamment pour l’avenir de tes enfants ?

Mon Paris culturel - Maryvonne Baune

Il y a un gros déni en matière d’urgence climatique. On fait un peu comme si de rien était… ”L’effet Titanic” dont parle Nicolas Hulot.
Pourtant, depuis les années 60 des scientifiques nous alertent, certains pensent qu’il est déjà trop tard. L’écologie devrait être au cœur de toutes les réflexions politiques… Mais non ! Pas assez.
L’idée est je pense de passer du déni à la prise de conscience. Puis de sortir du sentiment d’impuissance et de passer à l’action ! J’adore quand après le spectacle on a des discussions enjouées avec le public. Ouais, viens, on va sauver la planète !

Est-ce ta position d’artiste de questionner sur ces questions fondamentales ? Selon toi, tous les artistes sont-ils et doivent-ils être engagés politiquement ?

Tout ce qu’on fait est politique. Tout le temps. Utiliser ou non Uber, Amazon, dire bonjour, tenir la porte dans le métro, tout est une façon d’être au monde qui compte. Agir au niveau du ”micro” (versus l’action ”macro”).
À partir de ce postulat, chaque artiste fait ses choix ! Personnellement, je suis fan absolue de Pierre-Emmanuel Barré et de Nicole Ferroni qui sont tous les deux engagés à leur manière, ainsi que de Bridget Kyoto, humoriste de l’écologie !

La place de la femme a également été assez peu évoquée. Comment réagis-tu par rapport à cela ?

On va apprendre à toutes les petites filles cette phrase de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Tout est dit ! Restons vigilantes !

Mon Paris culturel - Maryvonne Baune

Comment tes personnages de Marie-Caroline, bourgeoise du 16ème qui prend le « RERE » et Ursula, ex-star sexy du porno, s’inscrivent-elles dans ton combat pour le droit des femmes ?

Dans le spectacle, je joue ces deux personnages qui sont, pour moi, aux deux extrêmes du carcan dans lequel naissent les femmes : la maman et la putain. D’un côté, une femme bien sous tout rapport, protégée par son statut social de bourgeoise, « femme de », bien pensante et dans l’inaction ; et de l’autre la putain, la moins que rien, l’ex-star de porno sur le retour, vieillissante et obsolète, qui s’est tout fait refaire, car tout était détruit.
Ursula dénonce aussi la banalisation d’une pornographie ultra-violente. Elle est aussi une métaphore pour la terre. L’idée m’est venue en écoutant le micro-biologiste, Claude Bourguignon, dire ceci : « La terre est labourée si profond qu’elle saigne, oui c’est un viol ». C’est fort quand même, non ?
Il y a quelque chose à guérir sur cette planète entre le masculin et le féminin. Les réconcilier peut-être ?

Je continuerai de dire ce qui me paraît urgent d’être dit, même si c’est raide à entendre, avec humour et bienveillance.

Maryvonne, comment imagines-tu le futur de ton spectacle ? Est-ce que l’actualité peut justement faire bouger tes personnages ? Implorer Dieu davantage ? Faire prendre conscience de façon peut-être plus «  violente » (imaginer un électrochoc) des enjeux prochains de la planète ?

« Nous les humains » est un spectacle vivant qui continue d’évoluer. Je lui souhaite longue vie et de rencontrer plein de gens, de leur faire du bien et de donner envie d’agir !
Je continuerai de dire ce qui me paraît urgent d’être dit, même si c’est raide à entendre, avec humour et bienveillance.
Et pour les électrochocs, il existe tout un tas de documentaires géniaux : Earthlings, Cowspiracy,The cove, Supersize me, Pornocratie, Solutions locales pour un désordre global, Demain… Allez-y ! Regardez-les ! Sortir du déni et retrouver notre pouvoir d’agir, c’est le premier pas pour sauver le monde, baby !

 

Maryvonne Beaune joue tous les mardis à 19 heures à la Comédie des 3 Bornes jusqu’au 27 juin.

© Lisa Lesourd