Les phrases sont courtes. Les mots sont choisis. Le rythme est rapide. On se croirait dans un roman contemporain où les personnages s’approprient les chapitres, l’un après l’autre. Des monologues retranscrits sur scène par Grégori Baquet, avec force, résonance, et on n’y voyait pas que le bonheur.

Il est où alors le bonheur ?

Le texte de Grégoire Delacourt paru à la rentrée littéraire 2014, laisse paraître un homme que tout à laisser tomber : sa femme, son patron, ses enfants. Il devient invisible aux yeux des siens et la société toute entière. Sa transparence le mène jusqu’à la folie. Totalement fou puisqu’un soir, alors qu’il couche Joséphine et Léon après une journée joyeuse, il commet l’irréparable.

Sa fille, défigurée à vie, poursuit quant à elle, une thérapie psychologique pour l’amener à pardonner le geste de son père, à exorciser cette colère envers celui qu’elle trouvait dès lors, génial.

La danse pour transmettre ses émotions

Le rideau s’ouvre comme une voile de voilier. On comprend plus tard le lien avec la fuite et la reconstruction loin du monde qu’on connaît.
Les deux comédiens qui tiennent ce texte, nous embarquent d’abord dans une danse souple et légère. En contraste total avec le sujet, dur et sombre, de la pièce. Des instants magiques dont on se souvient particulièrement.

Elle, Muriel Huet des Auney, joue tous les femmes de sa vie : sa femme, sa fille, sa sœur.
Lui, Grégori Baquet, campe ceux d’Antoine et du psy.

Le texte incisif et actuel aide à mieux comprendre comment Antoine en est arrivé là. Les faits divers relatant les drames familiaux ne manquent pas dans les journaux locaux. Et sans aller jusque là, les dépressions et autres déprimes qui inondent nos vies où tout va toujours plus vite,  sans compassion ni entraide.

Tendre et émouvant

Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas vraiment rit non plus. Mais l’émotion des mots et les beaux moments chorégraphiés me laissent penser qu’On ne voyait que le bonheur saura séduire de nombreux autres spectateurs. La salle du Théâtre du Balcon est pleine depuis plusieurs jours déjà. Certains diront que c’est mielleux. Ce n’est pas le terme que j’emploierai. Mais plutôt celui de tendre. Voire d’entière empathie.

Ma note : 8,5/10

© Evelyne Desaux