un amour qui n'en finit pas

un amour qui n'en finit pas

Léa Drucker avait été nommée aux Molières 2016 dans la catégorie “Meilleure comédienne dans un théâtre privé”. Elle n’est pas repartie avec le trophée (remis à Catherine Frot dans Fleur de cactus), mais elle méritait vraiment de voir son nom dans la liste pour sa très belle performance dans “Un amour qui ne finit pas”. Michel Fau, également nommé aux Molières, pour la mise en scène de Fleur de cactus, aurait mérité sa nomination dans la catégorie du meilleur comédien. Car ils nous ont offert un sacré moment de théâtre.

Du boulevard… mais pas vraiment

Dans cette pièce, l’amour, la jalousie et incompréhension font rage. Car comme le raconte le pitch Pour ne pas vivre une fois de plus un amour sans lendemain, Jean décide d’aimer à distance une femme avec laquelle il convient de n’entretenir que des rapports épistolaires. Les deux “amants” se mettent d’accord sur les conditions de cette relation d’un nouveau genre, sauf que le mari de madame vient s’en mêler… puis la femme de Jean entre dans la danse…

Des émotions fortes, du rire et des larmes

On n’est plus ici dans un triangle amoureux, relativement classique dans le théâtre de boulevard, mais dans une relation où quatre personnages s’aiment et se détestent. Les deux époux délaissés manigancent des scénarios farfelus et complément dérangés, mais finalement, on se dit que dans des moments pareils, on peut devenir fou et faire n’importe quoi.

Le texte est si fin bien écrit que les larmes de rire se mêlent parfois aux larmes tout court. On vit avec les personnages, ces émotions fortes comme un condensé d’une étape de la vie en une heure et demie.

un amour qui n'en finit pas

Une mise en scène très originale qui fonctionne

J’ai beaucoup apprécié la mise en scène de cette pièce et les décors. En noir et blanc, chaque appartement est matérialisé par les mêmes éléments de décoration. La différence réside dans les styles de meubles choisis. On  comprend qu’à gauche, on est dans le loft chic du quartier des Invalides, à droite, dans un appartement -tout aussi raffiné- mais dans le 16e.
On assiste alors à certaines scènes où les deux “amants” dialoguent, chacun dans son salon. En réalité, ils se parleraient à eux-mêmes, mais la représentation est telle, qu’ils dialoguent. C’est surprenant et intéressant, ingénieux surtout.

Le mariage remis en question

J’ai profondément aimé cette pièce. Pour les raisons que je viens de citer, mais aussi parce qu’elle pose de réelles questions sur la vie de couple. Jean qui s’ennuie terriblement avec sa femme et tente d’échapper à cette monotonie. Il trouve un moyen de s’évader et s’épanouir, mais cette idée ne plaît pas. Avant tout, parce que ce type de relation n’est pas “normale” ni communément admise.
Plusieurs fois, il répétera “Tout le monde est marié… C’est bien ça le problème”. Je ne vais pas délier ici mon avis sur le mariage mais je crois que “Un amour ne finit pas” remet cette croyance en contraction avec celle que porte la société. À savoir qu’on se marie pour faire plaisir à sa famille, répondre aux normes. Quelques fois sans vraie envie. C’est peut-être un peu moins certain aujourd’hui, mais je crois que l’union reste très ancrée dans les mœurs.
L’avantage de cette réalité est que les dramaturges et les metteurs en scène s’amusent beaucoup à critiquer la société. Et ce, pour le grand plaisir des spectateurs.

Ma note : 9/10

Il ne reste plus que quelques jours pour voir cette belle pièce de théâtre. Courez au Théâtre Antoine pour applaudir ces quatre comédiens !

© Théâtre Antoine