Cry Jailolo Indonésie Danse contemporaine

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J’adore le Musée du quai Branly. J’avais, à l’occasion des 100 ans de l’inauguration de ce bel espace, visité l’exposition dédiée à Jacques Chirac. Très sobre et en même temps très riche, ces objets d’art aidaient à mieux comprendre, à travers une scénographie intelligente et documentée, l’attrait de l’ancien président pour les arts premiers.

Ce dimanche, pas de statues à admirer mais les corps déhanchés de sept jeunes hommes indonésiens, effectuant une danse hypnotique et déterminée.

Ils dansent l’océan

Ils tapent des pieds pendant de longues minutes. Ils répètent ce mouvement encore et encore pendant une heure. D’ailleurs, le premier tableau s’ouvre sur cette scène. Seul au milieu, dans le noir, l’un des danseurs donne le rythme du spectacle. Rejoint par les autres, ils forment alors un banc de poissons.

La chorégraphie s’inspire de l’océan, souillé par les déchets venus s’échouer sur les plages indonésiennes. La danse raconte comment les poissons se déplacent en groupe, l’un d’eux s’en dégage puis revient. Comment ils se faufilent entre ces déchets venus d’ailleurs.

On s’étonne parfois d’une tempête puis arrive un moment plus calme. On se laisse surprendre par des cris parfois, des claquements de mains et de pieds. On ressent la force de ces sept danseurs. La détermination de ces jeunes à vouloir changer leur quotidien.

Ils ne restent pas stoïques devant cette réalité. Ils prennent des initiatives, suivent l’un puis l’autre dans ces démarches nouvelles.

Une histoire moderne, emplie d’espoir

Cry Jailolo Indonésie Danse contemporaine

Eko Supriyanto a véritablement relevé le défi. Après avoir observé les jeunes chez eux, il a créé une danse qui leur ressemble. Ce Cry Jailolo est si émouvant qu’il nous tire les larmes des yeux. Poétique, fort, jamais désespéré, toujours empli d’espoir, il nous conte ici une histoire moderne et contemporaine. Les mouvements s’enchaînent et nous parlent de l’avenir.

Le chorégraphe, mondialement reconnu, était présent après la représentation pour donner les significations de chacun des mouvements. Son histoire personnelle, ses envies et ses ambitions, viennent ici appuyer son discours.
Pour concevoir ce spectacle, il a visité les communautés indonésiennes, demandé aux jeunes de danser leur folklore local et après plusieurs mois de tournée, il a choisi le Jailolo. Il explique avoir pleuré devant la beauté de cette danse. Il n’a pas hésité alors à en reprendre les fondements.

Un Cry Jailolo féminin à venir

350 jeunes, filles et garçons, apprennent la danse dans son école en Indonésie. Un spectacle conçu pour cinq jeunes filles va d’ailleurs débuter en Australie dans les prochains mois. Son rêve maintenant ? Que le Jailolo devienne la référence de la danse indonésienne dans les prochaines années.

Ma note : 10/10

© Musée du quai Branly – Bernie Ng