Le décor minimaliste ne donne pas d’indication quant au lieu où nous nous trouvons. Quatre tabourets en bois posés au cœur de la scène. De part et d’autre, un violon et une clarinette suspendus par des fils en nylon. Plus en arrière, on découvre deux ou trois masques et une paire d’escarpins.

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La Mama apparaît enfin aux côtés de son fils. Le seul homme qui lui reste. Les deux autres ont été tués par les Félix. Ce dernier, guilleret, va se marier avec cette jeune femme belle et séduisante qui vit avec son père dans une grotte.
Mais elle est amoureuse d’un autre. Un Félix justement. Léonardo qui lui-même s’est marié plus tôt avec la propre cousine de l’actuelle fiancée. Les deux amants s’enfuiront tous les deux dans la forêt pour une ultime confrontation avec le fiancé. Les noces se termineront dans un bain de sang au petit matin.

Lutte chorégraphiée

On est, dès les premiers mots, épris de cette histoire. Une femme. Deux hommes. Un mariage au milieu. Cette vieille dame qui a peur de la solitude. Ce père qui laisse partir sa fille. Bien que Garcia Lorca ait écrit ce texte en 1933, le sujet semble très contemporain. Cette pièce fut rédigée suite à un fait divers cinq ans plus tôt, mais qui pourrait se dérouler de nos jours.

Noces de Sang. Compagnie de la Grue Blanche

Pour accompagner et enchérir le texte, à la fois grave et poétique, les quatre comédiens jouent de la musique. Le violon vient comme un exutoire pour cette jeune femme. Il traduit ses angoisses et sa colère. La clarinette apporte le soutien au fiancé lésé. Léonardo fait résonner les sabots de son cheval sur scène.

Et puis la danse embellit davantage cette mise en scène efficace et réfléchie. Exigeante et rigoureuse. Grâce au tango argentin, les émotions grandissent. Lorsque les deux hommes se retrouvent au milieu des bois et se battent, la merveilleuse chorégraphie de lutte apporte tension et émotion. On peut remercier Patrice Meissirel, chorégraphe professionnel et double champion de France de la discipline.

Une passion dévorante

Dans cette pièce, on vit la passion entre ces deux êtres. Amoureux à l’époque, ils ont tout fait pour étouffer cet attachement mutuel. On vibre avec ces quatre comédiens. On a peur. On a mal pour ces quatre personnages que la mort rattrape malgré eux.

Les quatre comédiens de la Compagnie de la Grue blanche, Maiko Vuillod, Hélène Hardouin, Romain Sandère et Erwan Zamor, jouent tour à tour, 16 personnages. On découvre les voisins, mais aussi la Lune et la Mort. Les masques renforcent la compréhension.

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Leur jeu d’acteur est très bon et leurs talents de musiciens et de danseurs appuient leurs rôles. J’aurai cependant aimé des petites distinctions vestimentaires supplémentaires entre le personnage. Notamment entre celui de Léonardo et celui du père de la fiancée. Un chapeau et une canne pourraient être portés par Romain Sandère pour mieux identifier le vieillard. Même chose pour Hélène Hardouin. La Mama et la femme de Léonardo se ressemblent beaucoup malgré une différence de posture et de ton. Une ceinture ou une cape auraient été bienvenues afin de mieux différencier les deux personnages joués par la même comédienne.

Ma note : 8/10

© Élodie Petit