L’Essaïon Théâtre présente depuis fin août De Pékin à Lampedusa, un spectacle poignant sur l’histoire tragique d’une jeune athlète somalienne ayant participé aux Jeux Olympiques de 2008 à Pékin et rêvant de concourir à ceux de Londres quatre ans plus tard. De Pékin à Lampedusa dresse le terrible portrait de ces jeunes africains qui mettent en danger leur existence pour une vie meilleure en Europe.

Cette histoire pourrait être inventée. Pourtant, Samia Yuzuf Omar a bel et bien existé. Au prix d’énormes sacrifices, elle rejoint l’équipe d’athlétisme nationale afin d’échapper à la vie qui lui est réservée en Somalie. Entre deux remarques d’hommes qui ne comprennent pas pourquoi elle court, et en pleine guerre civile, elle parvient à se hisser jusqu’à la première sélection des Jeux Olympiques de Pékin.

Méprisée à son retour par les autorités de son pays, elle décide de s’entraîner seule et d’accéder aux JO de Londres de 2012 par ses propres moyens. Un “grand voyage” dramatique : elle mourra en Méditerranée, comme la plupart de ses autres compagnons de route, repêchés par les secours italiens de leur canot pneumatique.

Une interprétation sincère et un texte juste

lampedusa Mon paris culturel 2Le texte de Gilbert Ponté est juste. Et Malyka R. Johany, la comédienne qui campe le rôle de Samia l’est aussi. Les chants aux tonalités africaines ponctuent la pièce, d’un espoir et d’une insouciance sincères. Malyka R. Johany nous bluffe par son talent d’artiste complète.

La force de ce spectacle réside dans l’interprétation sensible et émouvante de ces mots sans pathos. La mise en scène sobre mais colorée -par des images d’archives et des draps pastels-, nous conte parfaitement ce voyage au bout du monde et au bout d’elle-même.

L’actualité portée sur les planches

lampedusa Mon paris culturelMature et déterminée, cette jeune femme raconte son rêve mais aussi la folie de ce voyage jusqu’en Angleterre. Les épreuves sans pareil qui surviennent au cours des milliers de kilomètres qui séparent son village natal à l’Eldorado européen, lui font regretter cette décision. Viols, trajets étouffants dans des camions de marchandises, humiliation, racket et noyade en eaux vives, le drame de milliers de migrants est, grâce à ce spectacle, porté au théâtre.

Il y a à peine quelques jours encore, LeMonde révélait que près de 15 000 personnes d’origine subsaharienne avaient tenté de rejoindre les côtes italiennes en juillet et en août derniers. Le dernier secours fait état de sept rescapés sur les 120 passagers du bateau. Au total, environ 2500 migrants sont morts en Méditerrané depuis le début de l’année 2017.

Lire le papier du Monde.fr du 23 septembre : L’horreur bouleversante d’un naufrage au large de la Libye.

Ma note : 8/10


Le spectacle se joue tous les lundis et mardis à 19h45, jusqu’au 9 janvier 2018
© La Birba Compagnie