LA PERRUCHE Mon Paris Culturel

Scénariste et réalisatrice, Audrey Schebat, a écrit et mis en scène La Perruche, une satire des couples après vingt ans de mariage. Elle a choisi, pour incarner ces deux personnages, Barbara Schutz et Arié Elmaleh, comédiens aux caractères bien trempés sur les planches, mais tendres dans la vie.

Ils attendent des amis pour dîner. Un rôti de porc dans le four. Elle a rangé, astiqué. Lui attend patiemment devant la télé. Mais ils ne viendront jamais. Un cambriolage ? Une séparation ? Une intrusion de gymnastes par la fenêtre ? Le doute est permis mais les révélations sur leur couple finiront par avoir raison d’eux-mêmes. Entre vraies confidences et faux scénarios, les cœurs s’échauffent.

Le couple vieillot qui s’écharpe au moindre mot

Audrey Schebat explique qu’elle voulait “représenter tous les couples, sans contextualiser leur vie“. Ont-ils des enfants ? Travaille-t-elle ? Le spectateur n’en saura rien. Lui exerce une activité mais on ne sait pas non plus précisément laquelle. L’universalité s’impose.

Le public les découvrent dans leur intimité. Un huis-clos de quelques heures où chacun tente de dire à l’autre ce qu’il pense depuis des années.Dans un couple, dès qu’on sait ce que l’autre va dire, c’est déjà fini. Il n’y a plus de découverte de l’autre, on tombe dans une routine dangereuse“, notait Airé Elmaleh à l’issue de la représentation.

La Perruche tente de démontrer cette lassitude. Toutefois, on reste dans le schéma traditionnel, voire machiste, du couple : la femme aux fourneaux, l’homme dans le canapé. Ils se sont certainement complu dans cette vie monotone où chacun joue son rôle… comme dans les années 60 !
La pièce dépeint en outre une situation de déjà-vu : au bout de vingt ans de mariage, lui la trompe allègrement avec sa collaboratrice, elle s’ennuie et passe ses journées au téléphone avec son amie. Ils se parlent mal, ils s’engueulent, haussent le ton à chaque phrase. C’est un sombre tableau de la vie amoureuse qu’on nous dresse là !

Mon malaise face à ces clichés

L’auteure ainsi que les deux comédiens justifient ces clichés par leur déconstruction au fil de la pièce. Arié Elmaleh remarquait d’ailleurs qu’il “n’avai[t] pas été assez connard ce soir pour que le public réagisse et se marre vraiment“.

J’ai personnellement été dérangée par ces clichés perpétuels. J’ai même été mal à l’aise d’entendre la salle rire des propos sexistes que l’homme balance à sa femme. “Abrutie”, “idiote”, “sacrément folle”, l’image renvoyée de la femme est difficile à supporter. “Je voulais écrire un texte féministe. Libérer la femme dans ses choix et ses actes“, précise pourtant Audrey Schebat. J’avoue ne pas avoir saisi ce subtile message…

En 2017, on peut croire en l’amour et la fidélité même après 20 ans de vie commune. On peut croire aussi à la communication et à la transparence. Ici, chacun s’est muré dans ses secrets et n’arrive pas à les assumer. “Quand j’écrivais la pièce, je me suis rendue compte que mes personnages ne voulaient pas se parler. À l’acte III, il fallait qu’ils se disent enfin les choses. La pièce finit d’ailleurs de façon tragique… alors que c’est une comédie“, poursuit l’auteure.

La scène des impôts : simplement jubilatoire

Effectivement, il faut souligner que deux scènes sont particulièrement drôles. En ces temps de prélèvement des impôts, la métaphore sur la fiscalité est superbe ! Pour illustrer les taxes sur les sociétés, L’Homme écrase neuf morceaux de pain (ou perruches) pour n’en garder qu’un seul : la schématisation de son véritable gain à la fin du mois.

Une seconde scène a fait mourir de rire la salle : le découpage de son corps en deux hémisphères distincts. Sans tout dévoiler, l’Homme explique à sa femme l’existence de “ses deux cerveaux, l’un au sud, l’autre au nord, et la guerre qui règne entre eux”. Jubilatoire et superbement joué.

Ma note : 7/10


La Perruche au Théâtre de Paris (salle Réjane) à 19 heures du mardi au samedi : à 17 heures le dimanche.
Merci aux Théâtres parisiens associés pour la rencontre avec l’équipe, sa disponibilité et son accueil.
© Céline Nieszawer