Ramsès II - Mon Paris Culturel

Ramsès II, c’est un boulevard moderne où tous les codes sont réunis : quiproquos, sous-entendus et délires paranoïaques, Sébastien Thiéry propose aux Bouffes Parisiens, un spectacle sans trop de surprise mais avec d’excellents comédiens.

Ramsès II - Mon Paris CulturelFrançois Berléand a l’habitude de travailler avec Sébastien Thiéry. Après avoir joué dans ses deux dernières pièces, Momo (avec Murielle Robin) et Deux hommes tout nus aux côtés d’Isabelle Gélians, il revient cette fois-ci dans Ramsès II avec Eric Elmosnino et Evelyne Buyle.
Le nom de la pièce pourrait évoquer l’Égypte, mais il n’en est rien (ou pas grand chose). Si ce n’est un masque à effigie du mythique Pharaon rapporté de voyage, peu d’éléments nous ramènent en Orient. Alors pourquoi avoir choisi ce titre ? François Berléand répond du tac au tac : « Parce qu’il n’existe pas de Rasmès III ». Mais encore : « Les pièces de Sébastien Thiéry portent toujours un nom qui est assez éloigné de la réalité du spectacle ». Le curieux est désormais prévenu.

Un texte qui manque cruellement de relief

Mordue de Théâtre m’avait prévenu aussi : « Avec Sébastien Thiéry, il y a toujours un moment où un acteur se met à poil sur scène…» J’attendais donc ce moment gênant. Pas loupé. On a le droit à une scène de zizi qui n’apporte absolument rien à l’histoire mais qui a le mérite de beaucoup faire rire les spectateurs – dont je ne fais pas partie.
J’aurai pu aussi m’attendre à des blagues sexistes mais l’auteur s’en est heureusement passé.

Au-delà des lubies sans intérêt de l’auteur, la pièce, sous-forme de huis-clos, nous embarque dans la folie de Matthieu, gendre d’Élisabeth et Jean, qui arrive seul au déjeuner. Leur fille tarde à venir et les multiples questions que les beaux-parents lui posent ont tendance à l’énerver.

JEAN : Enfin, Matthieu, c’est une plaisanterie ? (Un temps)

ÉLISABETH : Tu prends des médicaments en ce moment ?

MATTHIEU : Non !

ÉLISABETH : Tu as des… des problèmes de mémoire ?

MATTHIEU : Non, je crois pas. Enfin, pas que je me souvienne…

Le comique de répétition, pas la meilleure idée

Les situations burlesques s’enchaînent. Et Bénédicte, la fille d’Élisabeth et Jean, n’arrive toujours pas. La première scène est d’ailleurs particulièrement savoureuse. On rit plutôt de ce gendre qui semble complètement perdre la tête et répond systématiquement l’inverse de la réponse attendue.

Puis, la scène se répète. Une fois. Deux fois. Bien sûr, certains éléments emmènent le spectateur vers le dénouement. Un dénouement brusque, trop rapide pour l’apprécier. Sans dévoiler la fin, je peux seulement affirmer que je n’adhère pas à le parti pris réaliste de l’auteur. J’aurai certainement aimé davantage d’absurdité, de folie.

Des superbes comédiens

Ramsès II - Mon Paris CulturelEn revanche, je dois noter les très beaux décors créés par Jacques Gabel, qui rappellent l’intérieur d’une pyramide. Des hiéroglyphes sont aussi projetés sur les grandes hauteurs de cette maison imaginée comme un loft ouvert et lumineux.

François Berléand et surtout Eric Elminino, en nouvel amnésique, sont excellents. On adore détester ce gendre au flegme excessif qui se paye la tête de ses beaux-parents. Ce non-politiquement correct reste peut-être ce qui m’a le plus plu dans Ramsès II.

Ma note : 6,5/10


Eric Elmosnino est également à l’affiche du film Espèces Menacées. Il y joue un père démuni face à sa fille enceinte d’un homme de 64 ans, séparé de sa femme, et voisin d’un couple bruyant… Le mari frappe sans ménagement sa jeune épouse… Un film fort qui n’est sans rappeler les faits divers régulièrement mis au jour par les médias. Sur le même sujet, lire mon article dédié à Criminel.


© Le Parisien/Frédéric Dugit et Céline Nieszawer