Rares sont les textes qui évoquent la condition de la femme dans sa plus grande vulnérabilité. Doll is mine est pourtant de ceux-ci. On y parle viol, dénigrement, blessures enfouies, violence, meurtre. Autant de sujets tabous à manier avec délicatesse pour que l’émotion suscitée, trouble le spectateur au point du malaise… Le texte et l’interprétation semblent si réels qu’on se demande si les Maisons du Sommeil, sujet central de la pièce, ne sont pas légion au pays du Soleil Levant…

Quelque part au Japon, Shiori (Azuki, dans le rôle-titre) veille sur le sommeil de clients d’une bien étrange maison. Le règlement stipule qu’elle a interdiction de s’endormir. Au fil des nuits et sous forme d’un journal intime, elle raconte la détresse des hommes -maris, pères, amants, amis… – qui s’allongent à côté d’elle au sein de la Maison du Sommeil. Les dates projetées au mur, le spectateur suit trois semaines d’hiver de la vie de Shiori.

La violence en huis-clos

Doll is mine - Mon Paris CulturelLe texte de Katia Ippaso est fin et précis. Chaque mot a été pensé, réfléchi de la manière la plus minutieuse possible. Rien n’est de trop. Rien ne manque. Tout est là et tient dans cette heure de spectacle. La mise en scène d’Arturo Armone Caruso, a été élaborée sur la même ambition. Le plateau ne laisse lui non plus, place au surplus, à l’inutile. Presque nu, il suggère une chambre tout en finesse. L’utilisation du bois reflète cette envie d’être au plus proche des sentiments de Shiori, personnage absorbant tous les déboires de ses clients.

Enfermée dans cette maison à temps plein, rien ne lui échappe. Elle entend ses “collègues” dans les chambres alentours. L’une d’entre elles, crie particulièrement une nuit. Elle ne se doute pas encore que l’homme a priori endormi, vient de tenter de l’assassiner. Elle aussi subira pareille agression. Elle échappa de surcroît à un viol perpétré par deux étudiants, venus s’amuser comme dans une maison close.

La superbe voix de Maria Fausta Rizzo

Doll is mine - Mon Paris Culturel

Les émotions ne se font pas attendre. Le spectateur frissonne à chaque mot. Le tabou, le malaise de ces sujets mis sur le devant de la scène ne peut laisser indifférent. La violence des phrases sonne au plus profond de chacun. Doll is mine, c’est la représentation de la femme-poupée avec laquelle ces hommes peuvent jouer à leur guise.

Les chansons et les extraits musicaux composées pour la plupart spécialement pour Doll is mine renforcent les mots et la scénographie sur le plateau. L’auteure-compositrice-interprète italienne, Maria Fausta Rizzo, fait vibrer sa voix et le public, par des mélodies aussi belles que fortes. Au piano, au violon, sur une bande instrumentale, on reçoit ces paroles comme un coup de poignard dans le cœur.

Le spectacle conçu par le trio japonnais-français-italien fonctionne donc à merveilles. Je note pour finir, le très beau travail de lumières.

Ma note : 8,5/10


Maria Fausta Rizzo sera en concert à l’occasion de la sortie de son prochain album, le 10 décembre prochain au Théâtre de Nesle. À vos agendas !
© Doll is mine