simone veille - Mon Paris Culturel

Comment rendre hommage à Simone Veille, si ce n’est par un spectacle qui retrace les droits des femmes depuis les années 50 ? Et pendant ce temps, Simone veille, relève le défi. Sans accabler les hommes, la pièce s’attache aux faits et aux dates clés, pour un moment théâtral bienveillant et empli d’espoir.  

En une heure et demi, les quatre comédiennes se remémorent les grandes luttes des femmes (soutenues, à plus ou moins grande échelle, par les hommes) pour l’égalité des sexes. À travers les yeux de chaque génération, elles racontent comment elles ont obtenu leur indépendance financière, sociale et sexuelle. La révolution est en marche depuis plusieurs décennies, et elle n’est pas prête de s’arrêter en si bon chemin !

Quatre générations de femmes se succèdent sur le plateau

Trois femmes racontent leur quotidien dans un parc public. Les enfants chahutent un peu plus loin. L’une en a neuf. L’autre n’en a que deux. Elle s’est faite avortée illégalement avec des aiguilles à tricoter. La troisième s’affole devant ce crime, mais surtout devant le dernier élément d’électroménager à la mode : le cuiseur fait-tout Moulinex.

Retour dans les années 50. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, bien qu’elles aient aidé dans les usines, elles retrouvent leur place de femmes au foyer. Leurs filles, elles, débarquent adolescentes, fin des années 60, en plein mouvement hippie. Une révolution sociétale, sexuelle, où les mœurs sont mis à rude épreuve. Qu’à cela ne tienne, elles s’émancipent de leurs maris – en profitant des amants que la vie invite sur leur route.

simone veille - Mon Paris CulturelTroisième génération de femmes, les petites-filles des premières. Dans les années 90, le calme revient et de nouveaux combats attend le deuxième sexe : les féministes affirment haut et fort leur égalité avec les hommes et refusent de se soumettre comme auparavant. Elles envoient balader Moulinex et compères, afin de devenir indépendantes sur tous les tableaux.

Les dernières femmes à se présenter sur le plateau représentent celles d’aujourd’hui. iPhone en mains, elles se “selfient” et surfent sur les sites de rencontres à la recherche du prince charmant (ou d’un prince d’un soir), le tout, dans un esprit bio-bobo.

Un spectacle sérieux et hilarant à la fois

La force du spectacle de Trinidad, Et pendant ce temps, Simone veille, réside dans l’énonciation – sans morale aucune – des faits relatifs aux droits des femmes. De l’autorisation à porter un pantalon uniquement pour faire du vélo ou du cheval (!), à l’interruption volontaire de grosses (IVG) si cher à la députée, disparue cet été, les grandes dates sont ici détaillées par une Simone maîtresse de cérémonie, bienveillante, espiègle et complice.

L’écriture est drôle, on rigole sincèrement. On rit jaune, parfois. On pousse des “Ohhh”, souvent. La salle se marre vraiment lors des chansons revisitées pour l’occasion. La variété française est massacrée pour revendiquer le mariage pour tous et le remboursement de la pilule du lendemain. Chaque souvenir historique et culturel figure comme sujet à discussion entre les femmes sur scène, puis entre nous en sortant.

Dans la salle, nombreuses étaient les femmes. Les hommes aussi. La pièce ne les pointe jamais du doi(g)t. Bien que piquante, elle les inclue avec plaisir dans la lutte à l’égalité.
Si de grands pas ont été effectués, il reste encore du chemin à parcourir pour que chacun respecte l’autre dans son entièreté, avec ses forces et ses failles car les acquis demeurent, chaque jour, fragiles.

Ma note : 9,5/10

Discours de Simone Veille devant l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974
« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour le contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »


Et pendant ce temps, Simone veille, à la Comédie Bastille jusqu’en juin 2018
© Jogood