Demain dès l'aube - Mon Paris Culturel

Le jeune metteur en scène Alex Adarjan, qui a déjà monté deux spectacles –La Caverne et La Vénus d’Ille– évoque cette fois-ci son travail autour de Demain dès l’Aube, qu’il présente avec sa compagnie Spleen Théâtre pour plusieurs dates dont la première ce soir, au Théâtre de Verre à Paris.

La pièce se déroule en 2017. Une troupe de comédiens se réunit le temps d’une soirée, la veille de leur départ à la guerre. Entre colère et incompréhension, les esprits s’échauffent. On lit, on échange, on discute. On parle de déserter, de fuir, de s’exiler. De préparer une révolution, aussi. Mais finalement, que peut un petit groupe de citoyens contre un État tout puissant ?

Comment ce nouveau projet s’inscrit dans le travail de votre compagnie ?

Demain dès l'aube - Mon Paris CulturelSpleen Théâtre existe depuis 2014, c’est tout récent. Pour moi il est un peu tôt pour parler de travail de la compagnie. Je me cherche encore, sans doute comme beaucoup de jeunes metteurs en scène, je tâtonne, je m’inspire des grands maîtres qui sont passés avant moi, je rêve de futurs projets. Pour l’instant je ne veux pas suivre de ligne directrice. Elle s’imposera d’elle-même avec le temps. Jusqu’ici il a surtout été question de nécessité. Avec mes collaborateurs, nous avons créé les spectacles que nous avions besoin de voir à un moment précis, parce qu’ils répondaient à un questionnement que nous avions et que nous voulions partager avec notre public.

L’écriture théâtrale doit être viscérale, indispensable. Si je n’éprouve pas la nécessité d’un spectacle, il ne peut pas voir le jour. Ou bien il aura moins de force. C’est dommage. Évidemment, j’ai mes préférences et certains sujets m’inspirent plus que d’autres : les luttes de classe, les inégalités sociales, l’humain face au pouvoir. Cela me fascine. Je crois que ce sont des schémas que l’on retrouve dans les deux créations précédentes et qui sont aussi à l’œuvre dans Demain dès l’Aube, différemment. La vraie ligne directrice, s’il en est une, c’est celle de l’individu face au collectif !

Écrire sur la lutte des classes, les inégalités sociales, l’humain face au pouvoir, me fascine.

Le titre fait référence au texte de Victor Hugo. Vous en êtes-vous inspiré ?

Demain dès l'aube - Mon Paris CulturelOui, le choix du titre est loin d’être anodin. Victor Hugo écrit ce poème en 1847 et le dédie à sa fille Léopoldine morte quatre ans plus tôt. C’est un texte magnifique qui parle de voyage, d’expédition, de départ. Demain dès l’Aube véhicule l’idée d’un événement qui ne saurait attendre, d’un événement imminent et pour lequel il n’y a pas d’issue. Quel meilleur titre pouvions-nous trouver pour un spectacle qui raconte le départ à la guerre de quatre jeunes gens ?

 

Quelles ont été les réflexions et les envies de travail autour de ce spectacle ?

Les Hommes se sont toujours faits la guerre. La guerre est universelle, cosmique, transcende les époques et les civilisations, est intrinsèquement liée au génome humain. C’est à la fois quelque chose de fascinant et de terrifiant. Comment en arrive-t-on là ? Pourquoi cette nécessité, ce besoin de faire la guerre ? Pour conquérir ? Pour exercer une suprématie ? Si la guerre est une affaire de pouvoir – et donc d’hommes puissants – pourquoi sont-ce toujours les civils qui en payent le prix, la plupart du temps au détriment de leur vie ? Ce sont toutes ces questions-là que nous avons voulu porter sur le plateau.

 

Pourquoi avoir voulu évoquer la guerre, sa préparation, ses enjeux, les motivations qui poussent à la suivre ?

Face à cette injustice, nous avons voulu écrire, témoigner, raconter encore. Car trop de combats sont encore à mener. Les puissants ont délocalisé la guerre de la même manière qu’ils délocalisent les grosses entreprises. Et nous, citoyens, nous nous taisons. Parce que ces guerres ne nous concernent plus, parce qu’elles ne sont plus visibles, tangibles, destructrices pour nos terres, nous fermons les yeux. Alors ceux qui nous gouvernent ont gagné. Ils peuvent piller, détruire, vendre des armes pour détruire encore et reconstruire ensuite, nous ne dirons rien. Combien de temps encore laissera-t-on les intérêts financiers primer sur la vie d’êtres humains, aussi vivants que vous et moi ? Combien de temps encore continuera-t-on à faire de l’argent sur le dos de ces milliers de victimes, hommes et femmes, que nous ne connaissons pas et que nous ne voulons pas connaître ? L’erreur, c’est justement de penser que ce sujet est dépassé.

Le théâtre nous aide à surmonter nos peurs.

En quoi le théâtre peut-il justement faire réfléchir le spectateur sur le monde qui l’entoure ?

Le théâtre – et l’art en général – a toujours eu le pouvoir de mettre les individus face à leurs propres choix et à leurs propre destin. Dans la Grèce antique, on allait voir des tragédies et on leur conférait des vertus cathartiques : on attendait de voir sur le plateau « ce qui se passerait si », souvent de façon à s’en protéger dans la vie réelle. Le théâtre est l’endroit de tous les possibles, de toutes les expériences. Ce n’est pas pour rien qu’il est de plus en plus utilisé dans les entreprises pour des mises en situation, ou dans les prisons, ou dans les écoles. Le théâtre permet de créer en direct des réalités alternatives devant lesquelles nous aurions peur de nous retrouver. Il nous aide à surmonter nos peurs.


Dates du spectacle :

Jeudi 14 septembre à 19h30 au Théâtre de Verre (Paris) ;
Jeudi 21 et vendredi 22 septembre à 20h30 – Le Clos Sauvage (Aubervilliers) ;
Jeudi 5 octobre à 19h30 à L’espace Pierre-Reverdy (Nanterre) ;
Vendredi 1er décembre à 20h30 à l’espace Louis-Armand (Carrières-sous-Poissy).

© Spleen Théâtre