Cet été en Avignon, ce spectacle était complet tous les jours. Impossible pour moi de le découvrir avant la reprise cet automne à la Maison des Métallos. Et si F(l)ammes est autant prisé, c’est qu’il traite avec justesse et émotion, le quotidien de dix jeunes filles dont les parents ont immigré en France, depuis les années 60.
Entre émancipation et respect des traditions, entre religion et sexualité, chacune raconte avec ses mots et son corps, son histoire personnelle qui la dépasse souvent.

Leurs parents sont Ivoiriens, Algériens, Marocains, Martiniquais. Elles, sont nées en France. Elles représentent la première génération de jeunes femmes vivant en Hexagone, élevées selon les pratiques de pays et de régions du monde qui leur en sont historiquement éloignées.

Religion, coutumes, traditions, tour à tour elles évoquent, debout devant un micro, leur jeunesse, leurs difficultés à trouver du travail ou à s’intégrer parmi les bobos de Boulogne-Billancourt.
Le fil rouge de leurs vies, une forte envie d’égalité, à l’heure où les préjugés et le racisme ont malheureusement encore bon dos…

Ode au vivre ensemble

F(l)ammes Flammes Mon Paris CulturelSpectacle ? Témoignage ? La frontière entre les deux genres est très mince. À partir de récits de leurs vies, Ahmed Madani scénarise leurs histoires. Des bandes-son d’entretiens tournent en même temps que des vidéos projetées sur écran géant.
Quand l’une évoque son enfance humiliée dans la cour d’école, l’autre peine à trouver du travail car, face aux recruteurs,”[Elle s’]‘appelle Laurène Dulymbois, et [que s]on nom ne va pas avec [s]on physique…” 
Récits parfois drôles, parfois émouvants, insignifiants ou essentiels, ils ont surtout le mérite d’être énoncés avec sincérité et honnêteté. Violences conjugales, excision, mariage, virginité, port du voile ou coloration des cheveux, toutes, avec leur éducation propre, racontent pourtant une réalité. 

Le spectacle qui ne tombe jamais dans le communautarisme apporte un vrai éclairage sur leurs conditions de vie au quotidien, à l’école, au travail, dans la société. Chacune d’elle a fait des études, elle se produit aujourd’hui sur scène pour partager ses convictions. Leurs parents sont aujourd’hui “fiers” d’elles et de leur parcours personnel et professionnel. Elles se sentent Françaises car elles sont Françaises. Elles cherchent avant tout l’égalité et la bienveillance.

Une mise en scène surprenante

F(l)ammes Flammes Mon Paris Culturel

Le micro au-devant de la scène recueille leurs témoignages. Puis tout bascule pour laisser place à des mimes, des chants et des danses presque folles. Le spectateur se prend au jeu de cette mise en scène complètement déstructurée mais très bien pensée. Les moments d’euphorie suivent des temps calmes et statiques. En somme, tout est surprise et étonnement.

Aucun ennui ne guette la salle, pleine, encore une fois. La standing ovation en dit long sur le succès de F(l)ammes, à l’affiche de la Maison des Métallos jusqu’au 29 octobre !

Ma note : 9/10


F(l)ammes est le prolongement d’un projet global lancé en 2012 par Ahmed Madani. Il y présentait Illumination(s), un spectacle composé uniquement d’hommes issus également des banlieues, visant à déconstruire les clichés qui leur sont associés.

© Jean-Louis Athénas