LA REGLE DU JEU - Comédie Française

Expérience théâtrale. Voilà comment je définirais La Règle du jeu qui vient de reprendre à la Comédie-Française. Après l’avoir vu ce printemps au moment de sa création, j’ai voulu revivre ce spectacle unique, inédit, insolite. Entre cinéma, théâtre, délires en tous genres, La Règle du jeu est bien plus qu’une simple soirée Place Colette, c’est un spectacle incontournable.

La Règle du jeu est d’abord le film de Jean Renoir (fils d’Auguste Renoir qu’on ne présente plus), tourné à la fin des années 1930. Qualifié de “Drame gai“, ce long-métrage a pour ambition de dresser une représentation de la bourgeoisie de l’époque et des mœurs liés à l’emploi de domestiques par ces familles.

Ici, Robert, un riche comte organise une fête dans son pavillon – suggéré par les murs mêmes de la Comédie Française – en l’honneur d’André, rentré d’un voyage éprouvant en Méditerranée. Héros d’un nouveau jour, il confie qu’il a puisé la force de traverser la Grande Bleue dans l’amour qu’il porte à Christine, elle-même mariée à Robert. S’en mêlent d’autres histoires d’amour et de sexe, où chacun jouit de sa propre liberté puis jalouse son conjoint… jusqu’au drame. Un tableau cinglant de la société d’hier et d’aujourd’hui.

Entre théâtre et 7ème art

la règle du jeu - Mon Paris Culturel

Le spectacle s’ouvre par un film de 26 minutes. Un long plan séquence présente chaque personnage et son rôle sur l’échiquier. On perçoit le délire de cette fête où la dizaine de protagonistes enfile des costumes trouvés dans les réserves de la Comédie-Française. Puis le spectacle prend alors une toute autre tournure. Par l’utilisation de caméras live, les acteurs entrent en scène. Le cinéma et le théâtre se confondent comme si ces deux arts ne faisaient finalement qu’un.

Et ça fonctionne. Après quelques instants de malaise général dans la salle – certains spectateurs étonnés de regarder un film, sont soulagés de voir des comédiens sur le plateau, et puis, car les images de “lapins” apeurés, retransmises sur écran géant sont effrayantes -, le spectacle se poursuit, effaçant toute la gêne ressentie plus tôt. On se surprend alors à chanter Dalida et Charles Aznavour, alors que dans le fond du plateau, des scènes dramatiques se jouent en ombres chinoises.

La fête rivalise avec le drame

Une tension, palpable, tout au long du spectacle est contrebalancée par la fête, la joie, (l’alcool aidant) que certains, eux-mêmes victimes de mensonges, tentent de rétablir dans cette maison. Le froid de l’hiver est là aussi pour rappeler qu’on tend vers une folie d’un autre genre.

la règle du jeu - Mon Paris CulturelLes comédiens de la Comédie-Française sont simplement excellents. L’idée de mise en scène est géniale. Christiane Jatahy signe là une grande œuvre.

Certains diront que la multiplication des technologies (vidéo live, drone notamment) n’apporte pas grand chose. Je dirai que c’est avant tout un spectacle dans son temps comme on en voit peu. Et surtout, cette mise en scène permet d’illustrer cette “bourgeoisie 2.0” qui joue avec toutes sortes de gadgets technologiques, aux dépens de ceux aux moyens financiers bien plus limités. L’hommage à l’idée première de Jean Renoir se révèle frappante, et ce, pendant une heure quarante.

Ma note : 9,5/10

© Pascal Victor/ArtComPress et Christophe Raynaud de Lage