Yassine Belattar dans Ingérable

Il se présente comme le “dernier des engagés”. Pas dans le même genre que Coluche ou Pierre Desproges qu’il estime être “un terrain glissant”. Mais Yassine Belattar, grande gueule assumée, s’engage contre les clichés, les stéréotypes “pour mieux les déconstruire”.

Pendant deux heures, il enchaîne effectivement les vannes sur les blancs, les blacks, les beurs. Mais il ne s’en contente pas. À la manière de Kheiron qui joue avant tout avec son public présent dans la salle, il interpelle les femmes voilées, les couples mixtes et les pré-ados accompagnés de leurs parents : “Mon chat, il faudra parfois te fermer les oreilles, je dis un peu des gros mots”, dit-il à Lina, 9 ans.

L’actualité chaude comme fil rouge

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Des insultes, il en dit quelques unes, c’est vrai, mais ne tombe jamais dans le vulgaire. Son crédo à lui : les racailles des cités aux noms d’arbres“parce que ces populations enfermées dans ces barres d’immeubles ont été déracinées”-, ainsi que l’actualité chaude. Il évoque, ces derniers jours, l’Affaire Théo.

Il partage la plume avec son ami de longue date, Thomas Barbazan “qui structure [s]a créativité”. Leur travail est complémentaire et surtout, il paie. Depuis la reprise du spectacle à Paris, la Nouvelle Eve ne désemplit pas. “Je voulais construire une histoire avec une salle, un théâtre, en l’occurrence avec un cabaret. Je veux que les gens se souviennent longtemps de cette expérience.

Louis XIV, Mélenchon et lui

L’expérience se passe bien entendu sur scène. Costard parfaitement repassé“Dans la rue, on me prend pour un chauffeur Uber”-, vannes qui fusent -mais pas toutes rodées (quatre d’entre elles étaient testées ce soir-là et qui ont visiblement fonctionné)-, Yassine Belattar gère son show en parlant beaucoup de la société, des élections présidentielles, de ses candidats effrayés et effrayants, de l’Histoire de France et de celles des communautés. Mention spéciale pour le sketch sur Louis XIV, “premier banlieusard”, puis de Louis XVI chassé “par des mecs sans culottes“.

Yassine Belattar dans Ingérable

Il traite tous les sujets… sauf sa vie privée. “Si je raconte ma vie, ce n’est plus de l’humour, c’est de la psychanalyse”. Il parle toutefois de son père, de ses trois enfants, il fait intervenir sa mère présente dans la salle. Des moments d’émotion qui font sourire le public, attendri par ces deux gamines, très à l’aise sur cette scène de théâtre : “Donnez-nous de l’argent pour qu’on ne finisse pas comme Nabilla !”, crient-elles dans le micro.

Bien loin de la bimbo de télé-réalité, on comprend après ce spectacle que Yassine Belattar est un bourreau de travail qui n’arrête jamais : “Mon métier, c’est les embrouilles, sur scène, dans ma tête, tout le temps. Je me dois de cogiter sans arrêt, de me poser les bonnes questions pour mieux les partager”.

Ma note : 8/10

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